A…. savait tout faire ! http://www.grisy.net/article-31908815.html . Ancien
militaire engagé, il avait été à bonne école. Il savait coudre avec plus de doigté qu’une professionnelle en la matière. Dans l’armée, on n’a pas droit à l’erreur ! un bouton mal fixé et
c’est le blâme. Il savait accomplir des tâches nobles autant qu’ingrates. Il était humble et juste. Il avait obtenu un poste de gradé et était basé outre mer, ainsi que son frère aîné. Ils
avaient le beau rôle là bas et ont fait les quatre cents coups, tout en essuyant la rudesse des épreuves. A…. s’était fait un super book, photos à l’appui et avait rapporté dans ses sacoches,
toute une pléïade de recettes de poisson au barbecue. Il faisait les sauces lui même…. Un délice exotique ! Cette faste période fut brutalement stoppée lorsqu’il perdit son frère dans un
accident de voiture. A l’image de l’armée, on lui avait annoncé la nouvelle sans prendre de gants et ce fut un grand choc. Il rentra donc en bourgogne http://fr.wikipedia.org/wiki/Chalon-sur-Sa%C3%B4ne , chez ses parents et décida de rester dans le civil.
Outre les préoccupations ménagères, A…. était aussi
mécano sur les circuits automobiles http://www.journaldu4x4.com/?Resultats-24-heures-TT-de . J’ai eu l’occasion d’y assister en 2006 : 24h de course non
stop…. Un grand moment ! Deux jours passés dans la poussière, le bruit des moteurs, l’excitation de la compétition, l’ambiance solidaire, la fête. L’épuisement qui mène à une joie intense.
Les mécano sont constamment sur le qui vive. Il faut les voir courir, chargés d’une batterie ou du matériel adapté, jusqu’au bout du circuit où le pilote a raté un virage ou éclaté un pneu !
Ils réparent en deux temps, trois mouvements. Cela relève du miracle. Ils savent construire une auto de A à Z, faire du deux en un, voire trois. Un chassis, un moteur et le bricolage d’une
voiture de récup. Ce sont des heures dans l’atelier. Ils fabriquent des prototypes en toute simplicité. Ils ne recherchent pas la gloire, ils sont passionnés……. Complètement disjonctés et
tellement sympathiques.
Je vivais donc avec un plombier mécano bricoleur et fée du logis. Je
n’étais pas au bout de mes surprises ! A…. savait aussi construire un bâtiment, du sol à la charpente, en passant par la déco. Il connaissait l’électricité, la téléphonie, le gros œuvre. Il
aimait la pêche aussi mais sa plus grande fierté était de modeler le fer forgé. Il construsit des portails magnifiques, dignes du palais de l’Elysée.
Il travaillait beaucoup et moi aussi. Nous ne
passions que quelques heures ensemble et cela avait le mérite de favoriser la colocation. Nous ne nous gênions pas. Chacun faisait sa route et les rares moments où nous nous croisions étaient
pleinement savourés. J’étais donc célibataire mais je vivais avec un mec en or. La transition était jolie http://www.grisy.net/article-26886045.html , c’était un
bon moyen de passer le cap, d’oublier Fr…… et de ne rien devoir à personne.
A…. me respectait beaucoup et m’était reconnaissant de l’avoir sauvé
de la rue. Il avait l’âge de mon fils et était beau garçon. Les ragots allaient bon train dans le terrain de camping, car ne disant rien à personne sur ma vie privée, on se posait des
questions….. Nous nous entendions si bien ! Nous faisions des soirées barbecue à qui mieux mieux, même malgré la fraicheur de la nuit tombante. A l’heure où tous les jardins étaient éteints,
nous apercevions le regard des curieux derrière les carreaux des mobil s’endormant. Seule notre terrasse était éclairée et nos repas se poursuivaient tard dans la pénombre. Les commérages ne
s’arrêtaient pas à la limite du vexin, ils se poursuivaient jusque dans le travail puisque A….. était prestataire dans mon entreprise. Lorsqu’il arrivait en retard au boulot, car quand A….
dormait, il dormait ! et la terre pouvait bien s’écrouler, il n’y avait pas moyen de le réveiller et puis, nous n’étions que colocataires et je ne m’immisçais pas dans sa vie privée, par
conséquent je le laissais dormir. Après tout, il devait s’assumer, donc quand il arrivait en milieu de matinée, on me questionnait. Que fait il ? J’ai dû rembarrer mon entourage pendant des
mois et des mois avant qu’ils n’acceptent que nous n’avions pas de relation intime.
Les mauvaises langues se sont tues lorsqu’un matin, j’arrivais très
énervée au bureau. A… était sorti la veille, voir un de ses potes de rallye et avait tant et si bien éclusé qu’il défonça ma barrière en rentrant quasiment à l’heure où je préparais mon petit
déjeuner. Imaginez mon réveil ! A… avait foncé droit dans son lit et ronflait. Moi, je ronflais de colère. Mes starting bloc étaient à fond. Heureusement encore qu’il y avait une barrière,
sinon il serait carrément venu se garer dans le salon. Je partis au boulot lui laissant un mot cinglant sur la table « Quand tu auras déssoulé, ne te pointes pas à Hispano sans avoir réparé
tes dégâts ».
Effectivement, il n’apparaissait pas. Son chef, voulant me sortir les
vers du nez comme à l’habitude, empli de soupçons quand à notre vie commune, fut bien surpris de me voir monter sur mes grands chevaux et d’expliquer que A…. était en train de réparer ma
barrière. Il comprit enfin que nos vies étaient séparées et qu’il fallait cesser de me turlupiner avec les faits et gestes de son employé.
A…. débarqua en fin d’après midi……. Peu fier ! Les oreilles
basses comme un toutou qui aurait fait une bêtise. A vrai dire, il ne se souvenait même pas comment il était rentré. Il y a un bon Dieu pour les alcooliques !
Toujours en quête de m’informer sur la situation de Fr….. http://www.grisy.net/article-30801327.html , ses potes venaient me voir régulièrement. Je savais donc où il en était. Ce jour où A…. avait
fait plier ma barrière, était décidément un jour peu ordinaire. Pat vint me trouver entre deux bâtiments. C’était peu avant midi : « Tu es au courant pour Fr…. ? »
« Non ! que se passe t il ? qu’est ce qu’il a encore fait comme bourde ? » « Il paraît qu’il a eu un accident de voiture avec ses filles ». Je commençais à
vasciller, mes genoux jouaient des castagnettes, je blêmissais « C’est grâve ? » « On ne sait pas. C’est arrivé ici, à la bretelle pour Clichy, sur l’autoroute »
« Et les petites ? où sont elles ? » « On ne sait pas ».
Tout basculait à nouveau. J’étais tellement touchée que je réalisais
à quel point j’y tenais encore. Je ne supportais pas de rester dans le doute, j’étais au bord du malaise.
......... 303 ème épisode ............. à suivre .......... dans la catégorie
"biographie"