Avec elle c’était différent. Pas de grandes aventures, juste quelques « emplettes ». Lorsque je ne sautais pas la grille du lycée avec les copains, je la passais avec Josianne. Les seuls après midi que je réservais à l’intérieur de l’enclos étaient occupés par les entrainements de basket ball avec Mr Parent. J’étais particulièrement privilégiée : très bonne élève alors que je ne faisais aucun effort (vivacité d’esprit, grande mémoire et esprit d’analyses rapides et synthétiques), il me suffisait de lire la leçon une fois et je la retenais : une demi heure par jour suffisait largement pour assurer mon avenir. Ce n’était pas le cas de mes amis mais je ne m’en souciais guère..à chacun ses responsabilités ! Donc avec Josianne (elle m’avait séduite par son côté artiste : jouait de la guitare et avait un petit ami), nous séchions pour faire les magasins. Notre passe temps favori était de faucher les disques (à l’époque des microsillons 33 tours plutot imposants par leur taille) qu’elle écoutait ensuite avec son mec. Nous étions expertes dans l’art et la manière d’avoir l’air de ne pas en avoir l’air. Jolie, très jolie notre discothèque…rien ne manquait ! (décidément, à l’école j’avais monté ma librairie…au lycée : ma discothèque…) jusqu’au jour où Josianne fut prise d’une fringalle. Les disques : on savait faire mais les yaourts..ce n’était pas notre truc ! (parce qu’elle avait faim…de yaourts,bien entendu). Qui ne tente rien n’a rien : on y va. Chargées comme des bourricots en folie (ânes que nous étions assurément), la panse emplie de musiques en tous genres, nous voilà rendues au sous sol : rayon « frais ». C’est là qu’on a eu chaud ! pour se servir : pas de lézard, mais pour sortir sans fou rire…on n’a pas su ! Deux colosses, un bureau et nos trésors déballés sous le nez d’un chefaillon grincheux. Après interrogatoire digne de la police judiciaire, et moulte larmes bien placées, nous fûmes relachées. Nous repartîmes bredouilles mais innocentées. Fini les yaourts : la prochaine fois on prendra du chocolat. Les parents de Josianne étaient divorcés. Elle m’emmenait souvent dans sa chambre où son copain l’attendait. Josianne était jolie : grande, fine, les traits sensuels, les cheveux descendant jusque dans ses reins et des dons d’artiste assurés. Elle fit par la suite l’école des beaux arts et descendit vivre à Marseille. Les années passèrent sans détruire notre amitié. Sa chambre était feutrée ; tout chez elle respirait le calme et la sérénité. Je m’y plaisais beaucoup. Le jour de mes seize ans, Josianne vint me rendre une visite « à l ‘improviste » dans notre grande maison de la porte Gentilly. Nous habitions rue de l’amiral Mouchez, dans le treizième arrondissement de Paris. Maman, déjà veuve depuis trois ans et demi, se débrouillait seule avec ses cinq filles..du mieux qu’elle le pouvait. On ne la voyait presque plus et pour cause…on apprit bien longtemps après sa mort que cette année mille neuf cent soixante neuf avait été pour elle une année d’incarcération. Fort..très fort ! Elle était emprisonnée et nous n’y avons vu que du feu ! Ses brèves apparitions nous la montrait certes très défoulante (je me souviens d’un soir où, à califourchon sur la rambarde de l’escalier, elle riait…riait…comme pour ne pas pleurer) mais toujours aussi très digne et respectable. Revenons donc à mon anniversaire : jour mémorable que Josianne avait agrémenté d’une bouteille de whisky. Nous n’avions jamais bu d’alcool, ni l’une ni l’autre. C’était MON cadeau ! on s’est enfermées dans ma chambre (cabine de paquebot avec hublots et tout le décor tanguant marqué de vert sur fond de bois vieilli) et nous avons gouté sauvagement aux délices du 40°…et nous avons aimé ! sans comprendre comment, le litre y est passé : c’est court un litre ! quelle ambiance sur le pont de notre galère. Mon lit bateau (ça me changeait des barques) ainsi que les lanternes de proue rappelaient la mer : plonger dans le whisky au sein d’une piaule bateau..fallait assurément garder le pied marin et ne pas souffrir du roulis ! Josianne chavira sur moi qui ne voyais déjà plus la terre…et elle en profita ! m’écaillant si tendrement, me caressant si doucereusement, m’embrassant si chaleureusement !…et vogue la galère une fois de plus ! ! en fait d’anniversaire, elle me fit ma fête ! çà..ce n’était pas dans mes mœurs. Après avoir bien cuvé, je lui expliquais que je préférais les garçons. Elle a très bien compris la leçon et n'en fit pas un fromage. Elle me présenta le copain de son copain : Yvon. Celui là, je l’ai longtemps regretté. ...........11ème épisode..........à suivre........dans la série Biographie.......................
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Comment supporter d’être enfermée dans une salle de classe alors que la marne est à proximité ? je n’y tenais pas…profitant de notre vivacité d’esprit, ma bande et moi séchions les cours, toujours à l’imprévu…comme çà, spontanément. Il fallait juste passer la grille…chose aisée lorsqu’on est épris de grand large. Trois mètres à escalader et nous nous retrouvions sur les rives, à bonne hauteur pour se laisser tenter par quelques barques qui flottaient – bien vertes – ne demandant qu’à se rendre utiles. Que de merveilleux coups de rame avons nous donné aux flots chantants ! Quel bonheur de naviguer entre copains sur une eau calme, légèrement dorée par les rayons du soleil ! Quelle douceur de vivre, quelle joie lorsque nous croisions une péniche rentrant au port, quelle envie folle de se laisser mener par les flots….sans rien penser, juste sourire. Et puis quelle excitation de prendre et rendre les barques sans se faire coincer….parce que nous les rendions ! comme çà, nous assurions notre prochaine embarcation…Ni vu, ni connu : c’était un emprunt.
St maur des fossés : c’est aussi une bande de copains et deux copines. A la réflexion, je m’aperçois (j’ai toujours su bien écrire le verbe apercevoir. C’est simple : je ne m’étais pas aperçue qu’apercevoir ne prend qu’un « p » ! j’ai de nombreux repères de la sorte) que je ne tournais de l’œil que dans les grands espaces vides de chaleur….retour du cosmos encore une fois…cordon ombilical ? ? Dès que mon affectif est sevré, no problemo…tout va bien ! Et puis j’aime bien me distinguer de la populace (mise à l’écart volontaire et inavouée)..et puis j’aime bien diriger (manque d’assurance à pallier).
Pour mon entrée en sixième, maman me fit faire les vaccins d’usage : nous voilà dans le cabinet du docteur et comme je suis sensible, on m’allonge. L’homme de science me plante gentiment











